Quand on parle du « mental », de quoi parle-t-on?

 Dans Nouvelles

David Castrillon – MSc en Gestion

Directeur général – Projet Collectif en Inclusion à Montréal (PCEIM)

Président – Réseau alternatif et communautaire des organismes (RACOR) en santé mentale de l’île de Montréal

Révise par Justine Israël


Quand on parle du « mental », de quoi parle-t-on?

« Mental » est souvent associé, dans notre contexte d’intervention, soit au terme « maladie », soit au terme « santé ». Mais lorsqu’on isole le terme mental, avant de l’associer à d’autres termes, à quoi fait-il référence? On ne se pose pas souvent cette question, mais il nous semble qu’il s’agit d’une clarification de base nécessaire afin de créer des projets pour des personnes identifiées ou s’identifiant comme ayant des problématiques de santé mentale.

Voici certaines questions qu’on peut se poser par rapport au mental :

  • Est-ce le cerveau, ou une partie que l’on peut observer directement dans le cerveau?
  • Est-ce plutôt une émergence d’un processus interne du cerveau de chaque individu? 
  • Est-ce que ce processus implique d’autres fonctions du corps, et non pas seulement le cerveau?
  • Le mental est-il un résultat de l’interaction entre différents cerveaux et corps?
  • Donc, est-ce que le mental est à l’intérieur de chacun? Ou est-il à l’extérieur de chacun? Est-il autant à l’intérieur qu’à l’extérieur?
  • Le mental est-il un phénomène collectif, ressenti individuellement? Est-on capable de concevoir et de comprendre ce type de réalité dans une société individualiste?

Le type de réponse donné à ces questions crée un rapport différent à ce concept qu’est la santé mentale, donc à la façon d’intervenir. On peut observer qu’il y a des approches de recherche et d’intervention qui traitent explicitement de ces types de questions, tandis que d’autres ne se penchent pas dessus.

Selon la réponse à ces questions, des approches qui tendent à isoler la personne de son contexte pour expliquer ce qu’elle vit peuvent également être adoptées. Cela vient souvent avec une démarche de catégorisation des personnes. La prémisse de base implicite dans ces approches individualistes est que les êtres humains sont des entités isolées et isolables.

D’autres approches plus englobantes prennent une place de plus en plus importante dans la recherche et l’intervention. Ginger Hoffman, par exemple, a développé une explication, basée sur des expériences et réflexions sur le mental, l’amenant à voir le mental comme quelque chose de plus collectif qu’individuel. Ainsi, lorsqu’on parle de santé mentale ou de maladie mentale, son approche est d’observer ce qui est désigné comme étant une maladie d’un point de vue collectif plutôt qu’au niveau de l’individu. Selon ces approches, on pourrait se questionner, comme l’a déjà fait Schvarstein par exemple, sur la psychologie des organisations (et non pas dans les organisations). Dans cette même ligne de réflexion, on pourrait aussi parler de maladie groupale dont un individu est le symptôme.

Une porte s’est ouverte dans la recherche scientifique depuis quelques années qui a permis d’observer la nature hypersociale de l’être humain et de bonifier la compréhension interactionnelle du mental. Ces approches et recherches ont remis en question les approches basées sur les diagnostics individuels. On s’attend donc, dans les années à venir, à un changement de paradigme, parce que les données probantes sont déjà disponibles. Malgré des obstacles à surmonter pour arriver à une intégration de ce changement de paradigme à plusieurs niveaux (institutions de santé, médias, universités, etc.), cela permettrait à la population de bénéficier de nouvelles perspectives de compréhension et d’action en santé mentale.



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