Les réponses aux besoins humains en temps de crise

 Dans Nouvelles

David Castrillon – MSc en Gestion

Directeur général – Projet Collectif en Inclusion à Montréal (PCEIM)

Président – Réseau alternatif et communautaire des organismes (RACOR) en santé mentale de l’île de Montréal

Révise par Justine Israël


Les réponses aux besoins humains en temps de crise

Une question de base des décideurs et des personnes travaillant dans le secteur du développement social, en situation de crise comme celle qu’on vit actuellement, est de se demander comment répondre aux besoins humains dans ce contexte. Étant constamment confrontés à cette question, on veut partager, brièvement, certaines réflexions qui peuvent aider à la prise de décision, en proposant notamment un autre modèle que le modèle linéaire de besoins [1].

Le modèle répandu pour parler de besoins humains, c’est-à-dire la pyramide de Maslow, a été démantelé depuis plusieurs années dû à son manque de validité quant à la lecture de l’être humain et ses effets problématiques sur la vie de gens, qui peuvent nuire, évidemment sans le vouloir, à la possibilité de répondre adéquatement aux besoins humains. 

Afin d’enrichir notre compréhension des besoins humains, voici quelques points qui peuvent rendre nos actions plus efficaces en ce moment : 

Nos besoins sont limités : On propose un modèle de 9 besoins précis et concrets (voir schéma ci-haut). Selon cette approche il y a une différence entre un besoin, une réponse aux besoins et un bien. Ainsi, lorsqu’il s’agit de créer ou même évaluer une action, un projet ou un programme social on tend à confondre besoins, réponses et biens. On multiplie donc les besoins, sans se rendre compte qu’il ne s’agit pas des besoins dont on parle.  Par exemple, on entend souvent dire qu’il faut s’occuper DES besoins de subsistance. Mais la subsistance, dans ce modèle, est UN des 9 besoins.

Les besoins forment un système : Dans ce modèle, il n’y a pas d’ordre hiérarchique. Il ne s’agit pas de classer les besoins en termes de besoins primaires ou secondaires. Les besoins humains forment un système. Le besoin d’affection, par exemple, est essentiel pour l’être humain, au même titre que le besoin de subsistance. Empêcher un minimum d’affection implique l’inexistence de celui qu’on croit faire subsister, par exemple.

Nous avons tous les mêmes besoins : Ce qui change dans chaque société, c’est la façon d’y répondre et les biens utilisés pour créer de réponses. Il y a plusieurs réponses et différents biens que les sociétés ont trouvés pour satisfaire les mêmes besoins humains. Les humains vivant dans des situations de crise, comme celle qu’on vit actuellement, ont les mêmes besoins que ceux vivant en temps normal. Ce qui change, ce sont les manières d’y répondre et les biens qu’on peut utiliser pour ce faire. 

Il faut aller vers des réponses synergiques : Il faudrait concevoir des actions qui répondent à plusieurs besoins en même temps, surtout en temps de crise. Baser notre réflexion sur la hiérarchie des besoins, c’est-à-dire sur la façon de répondre à un seul besoin à la fois par ordre de priorité (comme si on était en train de monter les étages d’une pyramide), est inefficace et peut avoir un effet contraire à celui voulu, en plus d’être réducteur de la nature humaine. Ainsi, quand on réfléchit à une action pour répondre au besoin de subsistance de personnes, il faudrait enrichir l’action et réfléchir à comment cette action pourrait aussi répondre à d’autres besoins en même temps, par exemple, aux besoins de participation, de compréhension, de protection, de liberté. Cette manière de penser l’action et de la mettre en œuvre aura un retour positif sur la subsistance. Concevoir l’action en termes d’un seul besoin peut paradoxalement nuire à ce besoin et aux autres. 

Le besoin doit aussi être compris comme une source d’action : Le besoin, pour l’humain, n’est pas seulement vécu comme un manque, il est aussi mobilisateur. Par exemple, si l’on prend le besoin de participation, une personne peut demander de participer, mais elle peut aussi collaborer à la création d’espaces de participation. Il faut éviter d’observer les personnes, même en temps de crise, comme étant des êtres passifs, pour qui les besoins sont vécus seulement comme quelque chose qui manque. Ce type de réponse aux besoins, souvent lié aux besoins de subsistance ou de protection, limite la possibilité de satisfaire d’autres besoins.

En temps de crise, il faut surtout empêcher que l’esprit manichéen se répande. Il est fort recommandable d’éviter la croyance qu’il faut répondre, en premier lieu, aux besoins de base, et qu’on s’occupera des autres besoins par après. On lance l’invitation à observer les besoins comme étant un système complexe afin de créer des réponses adéquates à notre réalité humaine, elle même tout aussi complexe. En ce moment, ces réponses sont plus nécessaires que jamais.

Si vous souhaitez mobiliser ces idées dans vos organisations ou vos projets, on vous invite à nous contacter pour imaginer ensemble le présent et la suite, via directiongenerale@pceim.ca


[1]  Le PCEIM a adapté son modèle des besoins à partir de celui de Manfred Max-Neef – voir schéma.

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