La diversité uniforme : identifier les présupposés en contexte d’inclusion

 Dans Nouvelles

David CastrillonDirecteur général – Projet inclusion


La diversité uniforme : identifier les présupposés en contexte d’inclusion 

On parle beaucoup de diversité, mais rarement de la façon dont on la conçoit. Une idée traverse pourtant plusieurs discours actuels : celle d’une diversité uniforme. Comme si la diversité appartenait à certains, comme si elle formait un bloc homogène facilement identifiable. Cette vision, qui semble aller de soi, structure pourtant nos manières d’inclure… et parfois d’exclure. Identifier ce présupposé (celui d’une diversité qui serait située chez « les autres ») ouvre un espace réflexif essentiel pour repenser ce que l’on tient pour réel dans nos démarches d’inclusion. 

Le présupposé existentiel implicite 

Une partie importante du travail en inclusion consiste à identifier et analyser les présupposés implicites. Il s’agit des conceptions, des représentations et des idées que nous portons sans toujours en être conscients. Avoir des outils pour les reconnaître est essentiel : ils guident nos relations et orientent nos actions d’inclusion. Lorsque ces présupposés ne sont pas explorés, nos actions risquent de reproduire des contextes d’exclusion. 

Un premier pas consiste à reconnaître qu’il existe différents types de présupposés. Distinguer ces types permet d’éviter certains pièges dans nos projets. Parmi ceux-ci, on peut porter attention au présupposé existentiel implicite. Il concerne les idées et représentations de ce qui est considéré comme existant. Ainsi, on tient pour réel ce que l’on nomme, sans se demander si cela existe réellement de cette manière. 

Prenons un exemple courant : « inclure les personnes issues de la diversité ». 
Dans cette formulation, il est possible identifier un présupposé existentiel : 

– il existerait deux catégories d’humains : les « issues de la diversité » et les autres que ne le seraient pas.

On adopte alors une conception de l’être humain selon laquelle certains ont la diversité comme source de ce qu’ils sont, et d’autres non. 

L’identification de ce présupposé amène à questionner la conception de l’être humain qui le soutient. Cette représentation du « nous » (celui qui parle et qui ne serait pas « issu de la diversité ») repose sur une idée d’identité fixe et uniforme. La diversité, attribuée aux autres, suppose que ces autres sont homogènes dans le trait identitaire qu’on leur assigne : une région d’origine, une couleur de peau, une caractéristique choisie devient une identité entière. C’est donc une diversité uniforme. 

Une conséquence fréquente est l’enfermement des personnes dans un trait identitaire donné. 

Présupposé existentiel versus barrières 

Il ne faut pas confondre les présupposés existentiels avec les « biais inconscients ou barrières » concernant la relation à un autre spécifique. Les présupposés dont il est question ici concernent plutôt les prémisses qui structurent notre rapport au monde : à nous-mêmes, aux autres, au vivant, à la réalité. 

Par exemple, si on reformule notre phrase initiale ainsi : « identifier les barrières auxquelles doivent faire face les personnes issues de la diversité », le présupposé existentiel implicite ne change pas. L’identité demeure pensée comme fixe et cohérente. Cette conception, non questionnée, continue d’amener à classer certains humains comme « divers » et d’autres comme ne l’étant pas. 

Ces enjeux semblent théoriques, mais ils ont des effets dans les rapports humains quotidiens. Ils traversent un geste, un mot, une posture, un projet, un programme, une question, un formulaire, une politique. 

Un témoignage recueilli dans les projets de Projet inclusion illustre bien l’effet de cet enfermement identitaire : 

« …je sais qu’on le fait souvent avec de bonnes intentions, mais je suis parfois fatiguée (je ne le dis pas) de voir comment ils nomment les gens. Moi, je suis plus que ça. En fait, nous sommes tous plus que ça, mais parfois on nous le fait oublier. » 

Tout cela change lorsque cette prémisse existentielle est nommée et remplacée par une conception qui tient compte de la nature plurielle, perméable, interdépendante et en devenir de l’identité humaine. 

Le défi 

Pour identifier ces présupposés existentiels implicites, il faut prendre du recul. Comment faire ? Est-ce possible ? Cela l’est partiellement : il s’agit surtout d’une démarche, et non d’un point d’arrivée. 

Certaines questions peuvent aider à repérer ce type de présupposés concernant l’identité humaine : 
– faut-il promouvoir la diversité ou plutôt reconnaître son universalité ? 
– se voit-on comme « divers » ? ou est-ce réservé aux autres ? ou à tous ? 
– uniformise-t-on ceux qu’on nomme comme « divers » ? 
– adopte-t-on une conception écologique de la nature humaine (interdépendance, interactions incarnées) ou une conception individualiste (un soi indépendant, fermé sur lui-même) ? 
– classe-t-on les individus ou cherche-t-on à comprendre le contexte dans lequel les personnes interagissent ? 

Le travail consiste, en somme, à mettre en question ce que l’on tient pour acquis. Ce geste implique une forme de perte de contrôle. Perte qui est finalement libératrice. 

 


Le Projet inclusion est un organisme soutenu par Centraide du Grand Montréal

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